Décompression et réhumidification :
Optimiser la performance d’un substrat de haute qualité
Auteurs :Stacey Rocklin et Annie Girard
Pour un producteur professionnel en serre, passer d’un substrat à une culture vigoureuse implique une multitude de décisions. Parmi celles-ci, le choix et la configuration des déchiqueteuses de ballots sont déterminants pour garantir que le substrat soit correctement réhumidifié et prêt à soutenir le développement des cultures. Souvent sous-estimées, ces machines représentent pourtant le tout premier point de contact avec les substrats. Leur efficacité a un impact direct sur l’uniformité et la qualité du substrat, l’efficacité des opérations, la performance des cultures, la qualité des plantes et la régularité de leur croissance.

Comment ces composantes essentielles des lignes d’empotage peuvent-elles influencer à ce point l’ensemble de la chaîne de production ?
Examinons les subtilités liées à la réhumidification d’un substrat et la façon dont ils interagissent avec les équipements pour garantir des résultats optimaux.
Décompression:
Le rôle des déchiqueteuses de ballots dans les opérations
Les substrats compressés se distinguent par des avantages logistiques, économiques et environnementaux lorsqu’on les compare aux substrats en vrac. Toutefois, pour en maximiser les bénéfices, il est essentiel que les producteurs disposent d’équipements capables de décompacter, d’aérer et de réhumidifier le substrat avant l’empotage.
Il existe plusieurs types de déchiqueteuses, dont les modèles verticaux et les modèles à inclinaison. Les déchiqueteuses verticales soulèvent le ballot et le décompressent par le haut, tandis que les déchiqueteuses inclinables penchent le ballot sur le côté au contact d’un convoyeur à chaines qui racle le substrat pour le préparer en vue d’un remplissage optimal des contenants. Les déchiqueteuses verticales, plus compacts, conviennent aux espaces restreints, alors que les déchiqueteuses inclinables permettent de défaire un ballot plus rapidement et favorisent l’homogénéisation du substrat, notamment lorsque celui-ci a été pré-humidifié mais que l’eau ne s’est pas répartie uniformément.
Au-delà de la déchiqueteuse elle-même, une ligne d’empotage complète comprend généralement des convoyeurs, des stations de réhumidification, une ou plusieurs trémies, un système de remplissage de plateaux, des transplanteurs et un tunnel d’irrigation en fin de ligne. Idéalement, le substrat transit entre les premières étapes sur des convoyeurs équipés d’asperseurs favorisant une absorption progressive de l’eau et permettant aux fibres de tourbe de reprendre leur pleine expansion, rendant ainsi le substrat prêt pour un remplissage optimal des contenants. À chaque étape, la qualité du substrat et la précision des équipements influencent directement l’homogénéité du mélange et au final la performance des cultures.



Réhumidification:
Différencier deux étapes distinctes, mais essentielles
La première est la réhumidification initiale, qui constitue le facteur le plus déterminant lors de l’empotage. En effet, les substrats compressés à base de tourbe doivent pouvoir absorber suffisamment d’eau pour permettre aux fibres de reprendre leur forme initiale et donc de retrouver toutes leurs propriétés physiques. La deuxième étape, qui se déroule dans le tunnel d’irrigation après la transplantation, est souvent mise en avant, parfois au détriment de l’importance de la première étape. Ces deux étapes, bien que distinctes, accomplissent des tâches très différentes, mais toutes deux essentielles.
Lors de la réhumidification initiale, il est recommandé de laisser le substrat absorber l’eau pendant un minimum de 20 secondes, l’idéal étant 60 secondes ou plus. Cette étape peut s’effectuer grâce à des convoyeurs placés entre la déchiqueteuse et la trémie. L’ajout de rampes d’irrigation le long des convoyeurs assure une réhumidification optimale, tandis que des buses de brumisation dans la déchiqueteuse limitent la poussière et amorcent l’expansion des fibres. L’utilisation de plusieurs points d’irrigation permet une expansion plus uniforme de la tourbe qu’une seule rampe à débit élevé.
Afin d’obtenir le rendement optimal d’un substrat à base de tourbe, il est recommandé d’ajouter environ 0,5 gallon d’eau par pied cube de substrat, en partant d’une humidité initiale comprise entre 43 et 47 %. Les fabricants de substrats peuvent fournir cette information, ce qui permet aux producteurs d’adapter la taille des buses et le débit en fonction de la vitesse d’avancement de la ligne. Ainsi, dans le cas de déchiqueteuses de ballots à forte capacité, il sera nécessaire d’ajouter plusieurs rampes d’irrigation avec des buses de taille et de débit adaptés pour suivre le rythme. Une réhumidification initiale insuffisante implique l’ajout involontaire d’un volume excédentaire non nécessaire de substrat dans les contenants. Cela peut également causer un affaissement du substrat dans le temps, compromettant ainsi la qualité des plants et le rendement.
Pour en savoir plus sur l’importance de bien réhumidifier votre substrat, regardez notre vidéo: (En anglais seulement)
Best Practices for Compressed Mixes


Comment vérifier que l’humidité initiale est adéquate?
Le test de compression (ou méthode du tapotement) est une méthode simple qui permet de vérifier rapidement et facilement si le substrat est prêt. Il suffit de prendre une poignée de mélange, de la presser puis de la relâcher.
- Si le substrat ne se tient pas, il est trop sec.
- Si une grande quantité d’eau s’en écoule, il est trop humide.
- Lorsque le mélange se tient et qu’il semble vouloir retrouver sa forme initiale (comme une éponge), il est correctement humidifié et prêt à être mis en pot.
La deuxième étape de réhumidification, réalisée dans le tunnel d’irrigation à la fin de la ligne d’empotage, est essentielle pour stabiliser les transplants dans les contenants avant leur transport vers la serre. Cette étape vise uniquement à humidifier la surface du substrat, et non la totalité du pot. Un excès d’eau destiné à compenser une réhumidification initiale insuffisante peut provoquer un affaissement pendant le transport, entrainant une perte de la porosité en air du substrat. Cela compliquera ensuite le travail tout au long de la production puisque les racines auront moins d’air, et le substrat s’assèchera moins rapidement.
Pour voir une démonstration:
Consultez notre vidéo du squeeze test.
Conception des équipements et intégrité des substrats
Si la réhumidification est essentielle, le contact physique entre le substrat et l’équipement l’est tout autant. La tourbe, avec sa structure délicate maillée, retient très bien l’eau, mais peut se fragiliser au contact du métal. Cela réduit la taille des particules, diminue le rendement du substrat et complique le maintien d’une porosité en air adéquate dans les contenants.
Pour y remédier, les fabricants conçoivent des équipements limitant l’abrasion, par exemple en plaçant les chaînes d’entrainement sur les bords des déchiqueteuses ou en utilisant des bandes en nylon pour réduire le frottement métal sur métal. Les producteurs peuvent, eux aussi, préserver les propriétés physiques du substrat en adoptant de bonnes pratiques, comme limiter la recirculation substrat ou arrêter les vis sans fin lorsque la ligne est à l’arrêt.
Pièges courants et résolution des problèmes
Même avec d’excellents équipements et substrats, des problèmes peuvent survenir, le plus souvent à cause d’une réhumidification insuffisante. Remplir les contenants avec un substrat trop sec favorise la formation de canaux préférentiels, où l’eau d’irrigation contourne les zones sèches, nuisant au développement des racines. Pour compenser, certains producteurs arrosent excessivement les jeunes plants afin de faire gonfler les fibres de tourbe, ce qui entraîne une expansion de la tourbe certes, mais une diminution de la porosité en air. L’irrigation intensive après la transplantation peut alors provoquer un affaissement, réduire l’air disponible aux racines et provoquer un remplissage inégal des contenants.
Les producteurs doivent également prêter attention à la gestion des restants de substrat dans les équipements. Laisser un substrat à l’air libre pendant la nuit entraîne une perte d’humidité et donc une source de variabilité dans la production suivante. Passer à un nouveau substrat sans nettoyer les convoyeurs et les trémies peut aussi provoquer des contaminations et des résultats irréguliers. La sécurité des travailleurs est également un aspect important à prendre en considération. Les substrats contenant de fines particules ou des composants friables comme la perlite peuvent produire beaucoup de poussière, présentant des risques respiratoires. Des mesures simples, comme l’installation de déflecteurs ou de protections anti-poussière, combinées à une réhumidification initiale adéquate, permettent de limiter ces problèmes et d’améliorer les conditions de travail.
La valeur d’avoir un substrat de haute qualité
Au cœur de toutes ces considérations se trouve le substrat lui-même. Un substrat de qualité supérieure offre une humidité constante, une granulométrie stable et une performance fiable d’un lot à l’autre. Cette uniformité se traduit par un fonctionnement plus fluide des équipements, une meilleure réhumidification et un remplissage plus régulier des contenants. Jumelé à des équipements bien entretenus et correctement configurés, un tel substrat permet aux producteurs d’optimiser à la fois le rendement et l’efficacité.
Les équipements de la ligne d’empotage, la réhumidification et l’irrigation ont tous un impact sur le développement racinaire. À l’inverse, les mélanges de moindre qualité peuvent sembler économiques à l’achat, mais engendrent des coûts cachés : pannes d’équipement, cultures hétérogènes et pertes de revenus. Investir dans un substrat qui performe de manière fiable n’est pas qu’une décision technique, c’est un choix stratégique.



Conclusion
Les déchiqueteuses de ballots sont bien plus qu’une nécessité mécanique : elles constituent la passerelle permettant d’accéder au plein potentiel des substrats. Correctement configurés et jumelés à des substrats de haute qualité, ces équipements permettent aux producteurs d’avoir des productions uniformes et à haut rendement, tout en réduisant les coûts de main-d’œuvre et en améliorant la santé des plants.
Une réhumidification adéquate, une bonne conception des équipements et un substrat de qualité se rejoignent dans cette partie névralgique de la ligne de production. En comprenant ces dynamiques et en investissant dans les bons outils et matériaux, les producteurs peuvent dépasser le « on a toujours fait comme ça » et adopter un avenir plus efficace et plus rentable.
